La Bocca del lupo, un film de Pietro Marcello, 2010

« I lucci che traversiamo, sono archeologie della memoria, desideri sconosciuti, ricordi proibiti d’uno mondo scomparso. »

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Qu’est-ce que l’amour, dans son intense légèreté, si ce n’est ce film ?

Dans un temps mesuré par les seuls vas-et-vient de la Méditerranée, s’ancre (et s’encre) l’histoire d’un amour intemporel, qui trouve ses racines dans un lieu d’incarcération, alors même qu’il ne semblait jamais pouvoir l’y appeler. La première partie du film, guidée par une voix off encore inconnue, se fait montage en clair-obscur de plans urbains nocturnes et d’images où la nature semble reprendre ses droits, faisant de la solitude mélancolique de l’homme errant, une paix partagée entre les éléments. Les lumières sont d’une beauté fugace, vivante, elles montrent aussi une ville en feu, où « l’homme est un loup pour l’homme. » Puis, derrière la première voix apparaît un visage, aux côtés de celui qui lui répondait. Au milieu de la violence a surgi l’amour, inattendu, presque inespéré : alors un voyage commence, longue échappatoire sur les vagues du temps, réfugiée dans un navire, celui du rêve, horizon espéré d’une paisible destination mais aussi foi dans la pérennité d’une relation en fusion.

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Film d’autant plus beau, que sa longueur réduite et son esthétique du montage et du flou, ne laissent dans notre esprit qu’un souvenir précieux des images que nous voyons, aimons, puis oublions en partie, pour laisser place à d’autres. Comme une mémoire un peu effacée, la temporalité est à reconstruire, et les images à voir, revoir, revivre.

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Je ne saurai que conseiller cette œuvre de beauté, qui représente ce que j’aime et cherche au cinéma, et dans la vidéo en général. Le réalisateur cherche moins à raconter une histoire qu’à la montrer dans la véracité de son ressenti ; l’intérêt, finalement, n’est pas de saisir avec précision les évènements ayant donné naissance et vie à l’histoire des deux amants, mais de se laisser saisir par la brume de ces images douces qui s’enchaînent, par le brouillard rouge de la violence et celui, bleu, d’un apaisement final, à la fois lointain et au plus près de nous. Comme cet envol d’oiseau, ou ces plongeons au creux des vagues, la « quête » amoureuse (si on peut la qualifier de quête) devient celle de la liberté — plonger dans la gueule du loup, c’était peut-être se faire prendre et surprendre en plein crime, mais c’est surtout faire ce premier pas vers l’extérieur, risquer l’aventure en refusant la pensée immobile, la peur glaçante de la solitude, ou tout recoin de l’être qui nous retient en son sein.

emi

2 commentaires sur “La Bocca del lupo, un film de Pietro Marcello, 2010

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