Beloved de Toni Morrison

“She will forgo the most violent of sunsets, stars as fat as dinner plates and all the blood of autumn and settle for the palest yellow if it comes from her Beloved.”

Véritable chef-d’œuvre de la littérature afro-américaine, Beloved s’attache à un personnage en particulier, Sethe, autrefois esclave, qui garde les cicatrices d’un passé plus que douloureux. Autour d’elle se meuvent des figures appartenant au présent comme au passé ; son mari disparu, les enfants qu’elle a perdus, ces autres esclaves qu’elle a connus et aux côtés de qui elle a grandi. Dans cette remémoration parcellaire d’un passé lointain et flou — mais pourtant bien présent — naît la plume remarquable de Toni Morrison. Devant la première partie du roman, on reste confus·e face à cette difficulté de discernement entre les différentes temporalités, cette complexité du puzzle qui, petit à petit, se forme sous nos yeux. On retrouve du Faulkner dans cette confusion narrative, qui nous pousse à visualiser le peu que l’on nous donne ; à visualiser des évènements terrifiants, marqueurs d’une période historique particulièrement funeste. 

“I would help her but the clouds are in the way     how can I say things that are pictures”

Le caractère unique de l’écriture de Tori Morrison se retrouve aussi dans un fantastique discret mais qui surprend, par son contraste avec la forte historicité du roman. Le lourd passé de Sethe se matérialise par les fantômes qu’il a laissés, comme si elle était physiquement hantée par ce qu’elle avait vécu. Les chaînes des ancien·ne·s esclaves ont laissé leurs marques, tout corps à la peau noire est marqué par le sceau éternel de l’esclavage, sous la forme d’un arbre exposé sur le dos de Sethe, ou d’une cicatrice en forme de lune sur un cou d’enfant. “This is not a story to pass on,” et pourtant c’est exactement ce que fait l’autrice en noircissant ces pages blanches de mots ensanglantés. “This is not a story to pass on,” mais on la partagera quand même, encore et encore, parce que même les récits les plus douloureux, surtout eux, se doivent d’être entendus. 

Cette lecture prend du temps, de la concentration, mais elle en vaut l’effort. Les mots de Toni Morrison sont justes, sa syntaxe est aussi vibrante qu’elle est complexe, son récit est celui de la bienveillance dans la douleur, de la persistance physique de la souffrance malgré tout passage du temps, de notre seul réconfort : l’entraide. C’est un roman de la perte — de soi, des autres — mais c’est aussi un roman du souvenir et de l’oubli, du silence et de la nécessité, parfois, d’appeler à l’aide. 

“Nor the breath of the dismembered and unaccounted for, but wind in the eaves, or spring ice thawing too quickly. Just weather. Certainly not clamor for a kiss.”

emi

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