L’asexualité, c’est quoi ? #AsexualityAwarenessWeek

L’asexualité concernerait moins de 5% de la population, mais ce n’est pas une raison pour justifier l’ignorance vis-à-vis de cette tranche bien existante du spectre de la sexualité. Et pour cette semaine de reconnaissance de l’asexualité, je vais tenter de remédier à cette invisibilité, qui cause l’expression, non seulement de préjugés, mais aussi de remarques désobligeantes, voire de comportements violents, pouvant porter préjudice aux personnes asexuelles.

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Le drapeau représentant l’asexualité, dans le cadre des luttes LGBTQ+

Pour « comprendre » l’asexualité, il faut commencer par différencier attirance sexuelle et romantique : on peut être, par exemple, bisexuel.le et aromantique (pas d’attirance romantique) ou homoromantique et asexuel.le (etc). Entre ces deux spectres, l’asexualité se place donc à l’extrémité de celui de l’attirance sexuelle, à l’opposé de l’allosexualité. Une personne asexuelle ne ressent pas d’attirance sexuelle (ou d’intérêt pour le sexe), une personne allosexuelle en ressent (c’est le cas de la majorité de la population). Et entre ces deux extrémités, on a ce qu’on appelle la demi-sexualité ou grey sexuality : c’est une attirance sexuelle qui se définit davantage par sa fluidité, avec souvent une attirance qui n’est ressentie que dans des cas ou pour des personnes précis.es. Il faut aussi différencier attirance sexuelle et libido : quand on parle d’attirance sexuelle, on parle bien d’attirance envers quelqu’un. On peut ne pas ressentir de désir pour les gens en général, mais avoir une libido active, ou ressentir du plaisir, pour des raisons tout simplement biologiques.

Mais mon but ici n’est pas de vous offrir une définition exhaustive de l’asexualité, tout simplement parce qu’il n’y en a pas : comme toute attirance ou sexualité, elle est vécue différemment par chaque personne concernée. Elle peut être l’absence totale de désir pour qui que ce soit, ce qui n’empêche pas par exemple d’avoir des rapports sexuels (pour faire plaisir à un.e partenaire, avoir des enfants, ou, ce qui par contre est grave, par pression de la société / d’un.e partenaire, voire par manipulation verbale ou physique).

Je voudrais d’abord aborder quelques problèmes causés par une trop grande ignorance de cette sexualité. Le plus gros, à mon sens, c’est la façon dont elle peut être très mal vécue au sein d’une relation amoureuse. La société et ses médias placent une grande importance sur une sexualité active et récurrente au sein d’un couple. Non seulement cette pression est dure à supporter, mais les personnes asexuelles doivent en plus de ça souvent supporter la pression venue du / de la partenaire : le refus va être mal vécu, pris comme une injure personnelle (« ouin ouin tu ne me trouves pas à ton goût c’est ça »), ou pire, va être tout simplement refusé (« si on ne couche pas ensemble je te quitte »). De plus, la proclamation de l’asexualité par la personne concernée, qui peut déjà elle-même être pleine de doutes, est généralement remise en question par ce.tte partenaire. Bien sûr, ces réactions face au refus, dans le cas où l’asexuelle serait une femme (ou personne passant pour femme dans le cas du cispassing), posent aussi la question plus large d’une sexualité patriarcale qui se fait au détriment des femmes, qui sont culpabilisées lorsqu’elles refusent (ce qui mène, entre autres, aux viols conjugaux qui sont, si je me souviens bien, les types de viols les plus fréquents) mais aussi lorsqu’elles acceptent « trop » (bref, elles ne peuvent rien faire). Mais je m’égare.

Ce que l’asexualité n’est pas : L’asexualité, ce n’est pas forcément une aversion pour le sexe ou la sexualité : au sein même des personnes asexuelles, certaines peuvent se dire sex-repulsed, répulsion qui peut être la cause de l’asexualité, ou sa conséquence, ou simplement quelque chose à part. L’asexualité, ce n’est pas forcément l’abstinence : comme dit plus haut, il y a plusieurs raisons qui peuvent faire qu’une personne asexuelle va avoir des rapports. De même, la masturbation peut très bien être pratiquée sans pour autant signifier une « frustration » sexuelle ou une attirance sexuelle présente limitée par de la timidité, de la pudeur, etc. L’asexualité, ce n’est pas le problème du / de la partenaire, et ce n’est pas même un « problème » : c’est une sexualité, existante et valide, qui doit être respectée comme devrait l’être toute orientation sexuelle. L’asexualité, ce n’est pas de la germaphobie : et oui, toustes les asexuel.les ne sont pas Sheldon Cooper. Et, au risque d’enfoncer des portes ouvertes : l’asexualité, ce n’est pas « ne pas avoir trouvé la bonne personne » (même argument que celui utilisé envers les personnes non-hétérosexuelles), ce n’est pas « avoir peur de sa première fois » (on peut savoir que l’on est asexuel.le sans avoir eu de rapport sexuel, comme on peut savoir que l’on est lesbienne sans être sortie avec une fille), et ce n’est pas non plus « un traumatisme dû à de mauvaises expériences. »

Et parce que cet article ne serait pas vraiment de moi si je n’y parlais pas de livres, je vais essayer de trouver quelques ouvrages qui abordent plus ou moins cette identité encore trop peu connue. Malheureusement, ces livres se font rares, et s’ils évoquent l’asexualité, elle n’est jamais vraiment nommée ; bref, c’est l’invisibilité totale. Et le problème, quand certaines identités ou sexualités ne sont pas représentées dans les œuvres de fiction, c’est qu’il n’y a aucune possibilité d’identification ; et une personne allosexuelle ne pourra jamais comprendre à quel point il est difficile de voir, dans 99,99% des livres / séries / films, des relations amoureuses toujours basées sur, ou au moins comprenant, une sexualité active. Et c’est bien pour ça que je parlais dans mon article sur Le souffle de Midas de représentation que nous doivent les auteur.ices : sans représentation, on a tout simplement l’impression de ne pas exister, d’avoir un problème, ce qui mène généralement à une culpabilisation par rapport à quelque chose que l’on ne contrôle pas. D’ailleurs, beaucoup de personnes asexuelles, qui parlent du moment où iels ont rencontré pour la première fois le terme d’asexualité, évoquent une véritable libération par la prise de conscience de leur « normalité » et de leur validité.

Bref, voici quelques ouvrages : Tout le monde fait l’amour de Pascale Clark n’est « pas un livre sur l’asexualité à proprement parler, mais un roman sur une jeune femme qui ne ressent pas l’envie de faire l’amour. Ecrit bien avant que les asexuels ne commencent à faire parler d’eux, le livre décrit bien les doutes et la solitude qu’un(e) asexuel(le) peut ressentir. » (commentaire d’agraffitti.free.fr). On peut citer aussi le personnage de Varys dans les livres Game of Thrones, avec notamment ce passage :

Oberyn: You did like boys? Before?
Varys: [shakes head]
Oberyn: Really? Girls? Hmm. I hope you won’t be offended when I say I never would have guessed.
Varys: Not at all. But I was never interested in girls, either.
Oberyn: What then?
Varys: Nothing.
Oberyn: Everybody is interested in something.
Varys: Not me. When I see what desire does to people, what it’s done to this country, I am very glad to have no part in it. Besides, the absence of desire leaves one free to pursue other things.
Oberyn: Such as?
Varys: [looks meaningfully at the Iron Throne]

Apparemment, Enjolras dans Les Misérables de Victor Hugo est considéré comme asexuel ; mais la plupart des livres comprenant des personnages asexuels sont anglophones et plus récents : la saga Council Wars de John Ringo avec le personnage de Rachael Ghorbani, la saga Circle of Magic de Tamora Pierce avec celui de Sandry fa Toren, ou encore Red Grant dans From Russia with love de Ian Flemming.

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Juste pour préciser, je n’ai lu aucun de ces livres, tout simplement parce que je n’avais jamais trouvé d’ouvrages incluant l’asexualité. Même si ce n’est pas beaucoup, je suis contente d’avoir découvert ceux-ci et je m’en procurerai sûrement quelques un. Et j’en profite pour vous conseiller le site La Rainbowthèque, qui recense tous les livres, disponibles en français, comprenant des personnages LGBTQ+ ou se centrant sur les thématiques liées à ce mouvement.

Si vous voulez en savoir plus sur l’asexualité, je vous laisse ici quelques ressources utiles :

bises, emi

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