Il est difficile d’être un dieu de Boris et Arkadi Strougatski

« Mais c’est la colère qui leur manque, seule la peur est là. Chacun pour soi et Dieu pour tous. »

Sortant un tantinet de ma zone de confort, je me suis cette fois tournée vers un ouvrage de science fiction, écrit par deux frères russes dans la seconde moitié du XXe siècle — on est donc relativement loin de mes lectures habituelles, bien que la littérature russe soit une de mes littératures favorites, si ce n’est ma préférée. Et si j’ai bien aimé découvrir une nouvelle vision des terres russes, dans un monde plus actuel, ainsi qu’un nouveau genre littéraire — en ce qu’il m’était inconnu, — je n’ai pas été conquise par ce roman. L’aspect dystopique m’attirait beaucoup, et le traitement politique d’une Russie semi-féodale et tyrannique était intéressant, mais le récit en soi ne m’a pas marquée plus que ça : je l’ai trouvé assez décousu ; le style, malgré quelques touchantes descriptions, ne liait pas les éléments entre eux, ceci étant probablement dû au fait que ce texte est le fruit de deux auteurs. 

« Nous disons que nous inventons. En réalité, tout est inventé depuis belle lurette. Quelqu’un a tout inventé, depuis très longtemps, à tout mis dans une boîte puis s’en est allé en laissant un trou dans le couvercle…. Il est parti dormir… Après que se passe-t-il ? »

Malgré tout, si la narration — et peut-être aussi sa traduction — ne me plaisait guère, j’y ai décelé l’amorce de quelques réflexions qui auraient gagné à être approfondies. La figure du dieu maudit, correspondant selon moi à celle du poète, de l’écrivain·e en général (dans une vision très hugolienne de la poésie), est aussi celle qui résiste et s’oppose à un monde à la fois injuste et violent — ces deux caractéristiques allant souvent de pair. Ce poète prophète, maudit, a pour tâche d’amorcer la révolution en lui donnant sa première impulsion, ou en solidifiant les mouvements existants au moyen de son statut tout particulier — celui de l’artiste, tel que décrit par Hugo dans « La Fonction du poète » :

Le poète, en des jours impies,

Vient préparer des jours meilleurs.

Il est l’homme des utopies,

Les pieds ici, les yeux ailleurs.

C’est cette impression d’inachevé, de platitude, presque, qui m’a empêchée de réellement m’impliquer dans ma lecture ; je compte cependant explorer davantage les œuvres de ces deux auteurs qui, ce me semble, méritent un peu plus d’attention de ma part : leur roman L’escargot sur la pente, notamment, me fait assez envie, en ce qu’il semble assez proche de l’œuvre de Kafka (que j’adore), comme dit dans le résumé : 

L’Administration et la Forêt : deux mondes que tout oppose. La Forêt, immense, peuplée de créatures plus étranges les unes que les autres, d’arbres sauteurs et de morts incandescents qui ne s’en prennent qu’aux femmes.
L’Administration, chargée d’étudier la Forêt. Mais nul ne semble à même de comprendre la Forêt, alors l’Administration ne vit plus que pour elle…
Candide, victime d’un accident d’hélicoptère, a une unique obsession : revenir à l’Administration. Pour Poivre, linguiste au sein de l’Administration, c’est le contraire, il veut rejoindre la Forêt qui le fascine. Longtemps interdit en URSS, L’Escargot sur la pente est depuis devenu un classique de la littérature russe contemporaine. Comme dans un roman de Kafka, quand une situation y semble absurde à l’extrême, il ne faut pas s’y tromper… la situation suivante le sera davantage.

https://www.instagram.com/p/Bo3dlinFg2c/?taken-by=galateesbooks

emi

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