Lectures estivales, partie 1 : juillet

Étant particulièrement en retard sur mes chroniques (soit je lis trop, soit j’ai simplement trop de projets pour maintenir un rythme correct), et ayant lu une dizaine de livres le mois dernier, je pense que ce format de réunion est le plus judicieux.

En juillet, j’ai donc commencé par relire Le Désespéré de Léon Bloy, mon livre préféré de tous les temps, une pure merveille de poéticité, de langue et de spiritualité dans un entremêlement de récit mystique et de critiques du milieu littéraire — celui du XIXème siècle, dans lequel évolue Marchenoir, écrivain à la foi passionnée mais à l’œuvre incomprise, obstruée par les critiques moqueuses de ses contemporains.

« Chaque homme est, en naissant, assorti d’un monstre. Les uns lui font la guerre et les autres lui font l’amour. Il paraît que je suis très fort, comme vous le dites, puisque j’ai été honoré de la compagnie habituelle du roi des monstres : le Désespoir. Si Dieu m’aime, qu’il me défende, quand je n’aurai plus le courage de me défendre moi-même ! Ce qu’il y a de rassurant, c’est que je ne peux plus être surpris, puisque je ne crois pas au bonheur. […] Le Bonheur, mon cher père, est fait pour les bestiaux… ou pour les saints. J’y ai donc renoncé depuis longtemps. Mais, à défaut de bonheur, je voudrais, au moins, la paix, cette inaccessible paix, que les anges de Noël ont, pourtant, annoncée, sur terre, aux hommes de bonne volonté ! »

Après ce retour vers un gros morceau de mon cœur, je me suis tournée vers quelques pièces de théâtre : si j’ai été quelque peu déçue par Le Misanthrope de Molière, dont la force ne m’a pas sautée aux yeux, j’ai davantage apprécié la mise en abîme de L’illusion comique de Corneille, bien que je lui préfère son contemporain, Racine. La pièce qui m’a réellement plue, c’est le célèbre Hamlet de Shakespeare : la folie qui s’empare du personnage et l’éloquence de ce dernier font de cette œuvre un complexe mais touchant récit. 

“it goes so heavily with my disposition that this goodly frame, the earth, seems to me a sterile promontory, the most excellent canopy, the air, look you, this brave o’erhanging firmament, this majestically roof fretted with golden fire, why, it appears no other thing to me than a foul and pestilent congregation of vapours. What a piece of art work is a man! how noble in reason! how infinite in faculty! in form and moving how express and admirable! in action how like an angel! in apprehension how like a god! the beauty of the world! the paragon of animals! And yet, to me, what is this quintessence of dust? man delights not me”

Un peu au même moment, j’ai commencé la lecture de Moby Dick, un classique de la littérature anglophone — cependant, j’ai vite trouvé cette lecture ennuyeuse et l’ai laissée tomber pour lire Le prophète de Khalil Gibran. Du même auteur, j’ai ensuite lu Les Ailes brisées, et j’ai adoré ces deux ouvrages pleins d’un romantisme mystique, d’une sagesse religieuse qui prône la bienveillance et l’amour. J’ai été si touchée par l’œuvre de l’auteur libanais que j’en ai même fait une vidéo :

 

 

« Car au même moment l’amour vous couronne et vous crucifie. […] / De même qu’il s’élève à votre hauteur pour caresser vos plus tendres rameaux qui frémissent au soleil, / De même il descend jusqu’à vos racines pour les secouer là où elles s’accrochent à la terre. » (in Le Prophète)

Entre ces deux coups de cœurs, j’ai (enfin) lu Les souffrances du jeune Werther de l’auteur allemand Goethe. J’ai beaucoup aimé ce texte fondateur du mouvement romantique, pour sa langueur douloureuse et l’introspection qu’il propose. L’amour impossible pour une femme destinée à un autre est un thème fréquent de la littérature romantique, que l’on retrouve d’ailleurs dans Les Ailes brisées de Khalil Gibran, de même que dans des romans réalistes tels que Le lys dans la vallée de Balzac ou L’éducation sentimentale de Flaubert ; Goethe en fait un prétexte à la description intérieure de sentiments exigus, passionnés et douloureux, et ce avec un lyrisme doux, qui s’attache autant au moi profond qu’à la nature environnant le personnage. 

« que de fois alors n’ai-je pas envié les ailes de la grue qui volait par-dessus ma tête pour atteindre la rive de la mer immense, pour boire à la coupe écumante de l’infini cette volupté de vivre qui dilate le cœur, afin de sentir, ne fut-ce qu’un instant, dans la force limitée de mon sein, une goutte de félicité de l’Être en qui et par qui tout fut créé. »

Les Dieux ont soif, roman d’Anatole France, fut ma lecture suivante. C’est un livre qui m’a surprise, ce qui ne m’a pas empêché de l’aimer : la soif de sang qui semble animer le personnage principal, et qu’il justifie par ses convictions religieuses et idéologiques, mène ce récit dans les profondeurs de l’humain, et des dérives politiques qui s’érigent dès que le pouvoir se concentre aux mains de seulement quelques un·e·s. L’attirance presque bestiale de sa femme envers lui, causée par l’essor de sa soif vengeresse, contribue elle aussi à propulser ce roman dans une analyse quasi-psychanalytique du désir et du fantasme, le tout dans une peinture brûlante de la France révolutionnaire du XVIIIème siècle.

« Elle tomba évanouie. Mais, dans les ombres de cette mort légère, elle se sentait inondée en même temps d’horreur et de volupté. Elle se ranima à demi; ses lourdes paupières découvraient le blanc de ses yeux, sa gorge se gonflait, ses mains battantes cherchaient son amant. Elle le pressa dans ses bras à l’étouffer, lui enfonça les ongles dans la chair et lui donna, de ses lèvres déchirées, le plus muet, le plus sourd, le plus long, le plus douloureux et le plus délicieux des baisers. Elle l’aimait de toute sa chair, et, plus il lui apparaissait terrible, cruel, atroce, plus elle le voyait couvert du sang de ses victimes, plus elle avait faim et soif de lui. »

Ayant fait de mon mieux pour ne pas délaisser mes études durant ces longs mois d’été, j’ai lu et fiché le riche ouvrage de Marcelle Ehrhard intitulé La littérature russe, aux collections Que sais-je ? Ce fut une lecture des plus intéressantes, tant littérairement qu’historiquement parlant, qui m’a permise de me constituer un fond de connaissances pour le mémoire que j’aurai à rédiger cette année, et qui porte, entre autres, sur une partie de la littérature russe. 

Enfin, j’ai terminé ce mois avec mon poète français préféré, j’ai nommé : Lamartine. Jocelyn est un long poème, qui retranscrit sous forme de journal la vie du personnage éponyme, son sacrifice d’abstinence et le règne de sa foi sur l’amour qu’il finira, malgré lui, par éprouver. Poème précédant La Chute d’un ange, que je compte lire bientôt, il se fait image du romantisme comme je l’aime : débordant de foi, submergé de nature et de beauté, et plein de personnages en lutte éternelle contre eux-mêmes, pour le bien d’autrui. 

« Et je fermais les yeux et je m’écoutais vivre ; / Je sentais dans mon sein monter comme une mer / De sentiment doux, fort, triste, amoureux, amer, / D’images de la vie et de vagues pensées / Sur les flots de mon âme indolemment bercées, / Doux fantômes d’amour dont j’étais créateur, / Drames mystérieux et dont j’étais l’acteur ! »

 

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bises, emi

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