Soleil du réel — Poèmes d’amour mystique de Jalâloddîn Rûmî

Dans ces ghazals, tirés du Diwân consacré à la célébration d’un Soleil du Réel où l’unité divine s’épiphanise en la figure sensible de l’Aimé, Rûmî crée un univers de langage. Le monde des mots tournoie autour de l’axe du silence, le poème multiplie les faces du Dieu révélé pour mieux rendre sensible la présence d’un secret où s’épuise la douleur d’aimer : secret d’une absence irrémédiable, d’une séparation d’avec l’Aimé que seule la parole poétique peut tenter de combler, par l’excès de sa liberté. — Christian Jambet


couv1235381.gif
17/20

Mon avis : Cet ouvrage, qui est un recueil de poèmes traduits du persan, m’a tout simplement charmée. L’écriture est assez opaque mais nous transmet un florilège de sensations, de la mélancolie à un amour tendre de l’être aimé. Empreinte de religiosité, elle est aussi très mystique, comme l’indique le titre, et tout ce qui est dit et ressenti par le poète semble rendu sacré par sa foi. La préface de l’ouvrage, rédigée par Christian Jambet, est passionnante et replace ces poésies dans leur contexte : Rûmî a vu Shamsoddîn, l’Aimé, partir, et l’a donc perdu. Ces poèmes sont construits sur cette perte vécue comme un abandon. Rûmî m’a à certains moments fait penser à Laforgue, un poète français qui est connu pour ses Complaintes, dans la façon dont ses phrases se répondent et se répètent ; on a parfois l’impression que les poèmes sont des dialogues, entre le poète et l’Aimé, entre le poète et son lecteur, entre le poète et lui-même. Mais ce qui m’a le plus plue, c’est à quel point on ressent l’intensité de la tendresse qu’il éprouve pour Shamsoddîn, la douleur que sa perte semble lui avoir causée et la merveilleuse poésie des mots qu’il choisit pour évoquer ces sentiments. Il y a tellement de mélancolie et d’amour qui ressortent de ce recueil, c’est un véritable puits de sentiments et on en ressort différent.e au fond de notre petit cœur. J’ai beaucoup aimé l’exploitation du thème de la mer ou de l’océan, cette analogie maritime qui nous suit un peu tout au long du recueil, et aussi celle du thème du soleil, probablement inspiré des paysages iraniens. C’est un recueil qui m’a beaucoup fait penser et réfléchir, il a mis mes sens en émoi et je devais m’arrêter au milieu de ma lecture pour me remettre de mes émotions. La période pendant laquelle je l’ai lu a sûrement joué, c’est un moment dans ma vie amoureuse qui laisse la porte ouverte à ce genre de vulnérabilité, mais j’ai réellement l’impression qu’il a changé un petit quelque chose en moi, bien que je ne mette encore ni les mots, ni le doigt dessus. Je vous laisse donc ici, avec mon poème préféré du recueil, et vous conseille vivement de vous intéresser à ce poète qui a su me parler, malgré le fait que l’ouvrage soit traduit du persan : 

J’ai atteint le désert où l’amour se fait apparition / Tout ce qui allait impur y trouve l’absolue pureté.

Quelle valeur accorder au corail, mis en regard de l’âme? / Mais vois, toi que voici, un soleil, quel il paraît à un atome !

Des milliers de serrures et chaque serrure est à la dimension du ciel. / La clé qui les ouvre toutes est en trois lettres dentelée. 

Le cœur est clair comme une tablette, plongé dans cet océan de sang / Il est devenu un guerrier après avoir été cent fois martyr.

Je suis l’esclave des vagues de cette mer, tout ensemble la fête et la gorge où l’on porte le couteau. / Je suis l’esclave d’un poisson qui vit de cet océan.

Chaque goutte s’en donne une forme précise / Sois bien sûr que son nom sera Jonayd ou Bâyazîd.

Entre, ô mon âme et fais tes ablutions dans cet océan sans limite / Où d’une goutte purifiante, mille grâces, mille visions surgissent. 

Les vaisseaux sont mis en péril à la crête des vagues sur toutes les mers / Dans les flots de cet océan de bonheur, ils trouvent leur bonace. 

Au gnostique, à l’amant chaque heure est d’exaltante joie : / C’est qu’ils n’attendent pas tout l’an les jours de la fête.

DFvFSAuXkAA4jvrDFvFSAzXoAAa7LL

Ce que j’ai aussi aimé dans cette édition en particulier (Imprimerie Nationale), c’est la présence à certains endroits du texte en version originale, ce qui rendait en quelque sorte sa véracité, ou son originalité à la langue du poète et ajoutait aux poèmes ce caractère mystique de la langue que l’on ne comprend pas. En plus, cet alphabet est une véritable merveille pour les yeux .

IMG_2091

Emi

Publicités

One Reply to “Soleil du réel — Poèmes d’amour mystique de Jalâloddîn Rûmî”

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s