Nadja d’André Breton

J’ai pris, du premier au dernier jour, Nadja pour un génie libre, quelque chose comme un de ces esprits de l’air que certaines pratiques de magie permettent momentanément de s’attacher, mais qu’il ne saurait être question de se soumettre… J’ai vu ses yeux de fougère s’ouvrir le matin sur un monde où les battements d’ailes de l’espoir immense se distinguent à peine des autres bruits qui sont ceux de la terreur et, sur ce monde, je n’avais vu encore que des yeux se fermer.


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17/20

Résumé : dans cet ouvrage divisé en deux parties, André Breton raconte d’abord des évènements faits de hasards et de coïncidences, puis narre sa rencontre avec une jeune femme, Nadja, et les neufs jours qu’ils passèrent ensemble en octobre 1926 à Paris.

Mon avis : on trouve dans cette collection de souvenirs et de pensées, certains éléments clés du surréalisme, comme la collection de hasards et de coïncidences vu.es comme tel.les, ou encore le refus de l’opposition entre rêve et réalité : « La production des images de rêve dépendent toujours au moins de ce double jeu de glaces, il y a là l’indication du rôle très spécial, sans doute éminemment révélateur, au plus haut degré ‘sur-déterminant’ au sens freudien; que sont appelées à jouer certaines impressions très fortes, nullement contaminables de moralité, vraiment ressenties ‘par-delà le bien et le mal’ dans le rêve et, par suite, dans ce qu’on lui oppose très sommairement sous le nom de réalité. » Mais ce livre, qui peut paraître dans cette première partie, plus philosophique qu’anecdotique, semble changer de registre dès lors qu’André Breton se met à conter son histoire avec Nadja. Le récit devient alors touchant, émouvant, mais aussi déroutant, et Nadja apparaît elle-même comme une figure sur-réelle, voire surréaliste. Ce qui m’a beaucoup plue dans cet ouvrage, c’est non seulement l’écriture qui se veut détachée d’André Breton, mais qui transmet des émotions simples et touchantes dès qu’il évoque Nadja ; mais ce sont aussi les nombreuses photos et images ajoutées par l’auteur et qui illustrent le récit, des lieux visités par les « amants » aux dessins réalisés par Nadja. Ce qui m’a le plus touchée, c’est la fin qui — sans spoil — donne la place à André Breton d’écrire à propos de sa vision de la beauté, et qui écrit tout simplement « la beauté je la vois comme je t’ai vue. » J’ai trouvé cette fin vraiment émouvante, et c’est sans surprise que j’ai préféré ces derniers passages aux premières anecdotes de la première partie. Je pense donc que ce livre est une bonne manière de découvrir André Breton, plutôt que se lancer directement dans son Manifeste du Surréalisme, et son association entre texte et images m’a rappelée Paul Éluard, dans son travail avec Man Ray pour Les Mains Libres qui est un recueil poétique génial, mais aussi dans ses différents travaux avec Picasso et autres artistes visuels. 

Extrait : « Je n’ai dessein de relater, en marge du récit que je vais entreprendre, que les épisodes les plus marquants de ma vie telle que je peux la concevoir hors de son plan organique, soit dans la mesure même où elle est livrée aux hasards, au plus petit comme au plus grand, où regimbant contre l’idée commune que je m’en fais, elle m’introduit dans un monde comme défendu qui est celui des rapprochements soudains, des pétrifiantes coïncidences, des réflexes primant tout autre essor du mental, des accords plaqués comme au piano, des éclairs qui feraient voir, mais alors voir, s’ils n’étaient encore plus rapides que les autres. »

Emi

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