L’anarchisme de Daniel Guérin

De toutes les doctrines sociales, l’anarchisme est la plus méconnue et la plus défigurée. Daniel Guérin s’est essayé, textes et faits à l’appui, à lui restituer son vrai visage. Des théories de Proudhon, Bakounine et Stirner jusqu’à la révolution russe et aux expériences contemporaines (révolution espagnole de 1936, Yougoslavie, Algérie), il confronte théorie et réalité, en montrant l’influence toujours vivante de la pensée libertaire anarchiste.


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15/20

Mon avis : Si cet ouvrage se veut être une nouvelle approche de l’anarchisme, plus proche de la réalité et moins académique, c’est bel et bien réussi, et le tout est approché avec beaucoup de naturel et de fluidité. L’auteur rend une réflexion théorique complexe en une explication abordable, qui nous mène ensuite vers des considérations historico-politiques plus approfondies. Il commence en détruisant les idées fausses sur l’anarchisme, notamment son association avec la désorganisation politique qui est souvent faite (on peut le voir avec l’expression courante « c’est l’anarchie » pour désigner un désordre quelconque). Mais en vue de cette déconstruction, il utilise des références philosophiques, théoriques et politiques importantes et toujours citées, qui nous permettent d’ancrer cette réflexion dans un contexte littéraire et politique précis et appuyé. Il écrit aussi énormément à propos du communisme, et le divise entre le communisme étatique dangereux, et le « communisme libertaire » qui correspond à l’anarchisme.

Je le conseille à tous les communistes et même gauchistes, parce que cet ouvrage apporte une critique constructive du communisme, et montre en quoi l’anarchisme, en allant plus loin dans sa réflexion, permet de pallier le grand danger du communisme, qui est le despotisme de l’État. Ce qui m’avait en effet dérangée, dans le communisme et plus particulièrement quand j’avais lu Le Manifeste du Parti Communiste, c’était l’expression de « dictature du prolétariat » qui, plus que de viser une société égalitaire, libertaire et équitable, semble chercher un renversement de la société actuelle. Le problème, c’est que si prolétaires deviennent « bourgeois » et bourgeois, prolétaires, le problème sera le même. 

L’auteur, comme l’indique le sous-titre du livre, passe « de la doctrine à l’action » en explicitant pour nous la manière dont les penseurs ont imaginé la société anarchiste future, organisée et administrée selon la liberté des individus et leur autonomie, grâce à des associations choisies et non pas une collectivité forcée. Les références sont multiples, de Bakounine à Proudhon, en passant par le marxisme et le léninisme. La première moitié, qui est plus théorique, est celle qui m’a le plus accrochée : il définit l’anarchisme, les idéaux qui lui sont rattachés, comment le mettre en place en pratique, etc. J’ai un peu décroché arrivée à la fin de la seconde moitié, car le propos était beaucoup plus historique et politique, mais c’était quand même très intéressant de voir quelles ont été les différentes expériences concrètes de sociétés anarchistes et ce qu’elles ont donné. Je pense que je ferai un article sur le communisme et l’anarchisme, et je ficherai probablement ce livre afin d’en faire ressortir les développements réflexifs, donc restez connecté.e.s 😉

Extraits

« Anarchisme, […] est, avant tout, synonyme de socialisme. L’anarchiste est, en premier lieu, un socialiste qui vise à abolir l’exploitation de l’homme par l’homme. L’anarchisme n’est pas autre chose qu’une des branches de la pensée socialiste. Une branche où prédominent le souci de la liberté, la hâte d’abolir l’État. […] L’anarchisme est, avant tout, ce qu’on pourrait appeler une révolte viscérale. Augustin Hamon, procédant, à la fin du siècle dernier, à un sondage d’opinion en milieu libertaire, concluait que l’anarchiste est d’abord un individu révolté. Il refuse en bloc la société et ses gardes-chiourme. Il s’affranchit, proclame Max Stirner, de tout ce qui est sacré. »

« Bakounine développe cette critique du communisme « autoritaire » : « Je déteste le communisme, parce qu’il est la négation de la liberté et que je ne puis concevoir rien d’humain sans liberté. Je ne suis point communiste parce que le communisme concentre et fait absorber toutes les puissances de la société dans l’État, parce qu’il aboutit nécessairement à la centralisation de la propriété entre les mains de l’État, tandis que moi je veux l’abolition de l’État — l’extirpation radicale de ce principe de l’autorité et de la tutelle de l’État, qui, sous le prétexte de moraliser et de civiliser les hommes, les a jusqu’à ce jour asservis, opprimés, exploités et dépravés. Je veux l’organisation de la société et de la propriété collective ou sociale de bas en haut, par la voie de la libre association. […] Voilà dans quel sens je suis collectiviste et pas du tout communiste. » 

Emi

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