Le testament de Marie de Colm Tóibín

Ils sont deux à la surveiller, à l’interroger pour lui faire dire ce qu’elle n’a pas vu. Ils dressent de son fils un portrait dans lequel elle ne le reconnaît pas et veulent bâtir autour de sa crucifixion une légende qu’elle refuse. Seule, à l’écart du monde, dans un lieu protégé, elle tente de s’opposer au mythe que les anciens compagnons de son fils sont en train de forger. Une réinterprétation bouleversante de la figure de Marie, un roman puissant et envoûtant. 


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Résumé : Colm Tóibín réécrit l’histoire de Jésus, de son ascension à sa crucifixion, en passant par les miracles très connus dont il est dit avoir été la cause. Mais cette réécriture a cela de nouveau qu’elle se fait au travers des yeux de Marie, une mère mise à l’écart, bouleversée et cible de nombreuses menaces. 

Mon avis : ce récit, original de part son point de vue, permet à l’auteur de poser des questions importantes concernant la religion, et notamment la religion chrétienne et ses origines. En effet, les mythes entourant la vie de Jésus sont ici mis en perspective par le discours de Marie, qui rapporte les récits de ses miracles comme des évènements peu probables, ou qui en tous cas ne semblent jamais être racontés par des témoins directs. Par exemple, elle dit de l’un de ses deux interrogateurs : « Je sais qu’il a consigné des choses que ni lui ni moi n’avons vues. Je sais qu’il a donné forme à ce que j’ai vécu » (p.11), et à propos du déroulement d’un miracle : « j’ai demandé à Myriam si elle avait été présente ce jour-là, et elle m’a répondu en souriant que non, mais que plusieurs personnes qui avaient assisté au miracle lui en avaient raconté tous les détails » (p.46). J’ai aussi trouvé très intéressante la place de Marie dans ce récit à la première personne, la dimension très intime et personnelle de ce qu’on peut appeler un témoignage et qui fait ressortir d’elle l’image d’une femme très forte, qui a enduré la perte d’êtres chers et qui refuse de céder à la manipulation en continuant de dire la simple vérité des faits. C’est cet aspect de l’ouvrage qui m’a semblé résonner avec Le testament de Vanda, une pièce de théâtre de Jean-Pierre Siméon (datant de 2009) dans laquelle la mère lègue à sa fille le récit de sa vie, de la guerre dans son pays d’origine à sa difficulté à s’intégrer en France après avoir fuit ladite guerre. Le testament de Marie est donc un récit que j’ai trouvé poignant et émouvant, bien qu’il manquait de relief à mon goût, car je ne me suis pas réellement impliquée dans le récit. Je le trouve néanmoins assez pertinent en ce qui concerne la question de la dimension mythique ou légendaire des religions ; mais aussi concernant la dimension cathartique du discours autobiographique, et la mémoire en tant qu’elle est un héritage, un testament. 

Extrait : « Mon fils, lui ai-je dit, a réuni autour de lui une bande d’égarés qui n’étaient que des enfants comme lui, ou des hommes sans père, ou des hommes incapables de regarder une femme dans les yeux. De ces hommes qu’on voit sourire tout seuls, ou déjà vieux alors qu’ils sont encore jeunes. Aucun d’entre vous n’était normal. Mon visiteur a repoussé vers moi son assiette encore à moitié pleine, comme un enfant en colère. C’est la vérité, ai-je poursuivi. Mon fils rassemblait autour de lui des égarés, alors que lui-même, en dépit de tout, ne l’était pas ; il aurait pu devenir n’importe quoi, il aurait même pu se taire, il avait aussi cette faculté-là, la plus rare, il n’avait aucune difficulté à rester seul, et il était capable de regarder une femme comme son égale, il savait témoigner sa gratitude, il avait de bonnes manières, il était intelligent. Et tout cela, il s’en est servi pour mener un troupeau d’hommes qui lui faisaient confiance et les conduire d’un endroit à un autre. »


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Vanda livre ses mots à sa toute petite fille. C’est son testament. C’est son amour et sa colère, qu’elle crache enfin. Rescapée d’une guerre qui ne lui appartient pas, puis possédée par les rues, la manche et le froid. 
Monologue écrit pour être joué sur scène, le testament de Vanda est un petit voyage doux et tranchant, suave et amère.


Emi

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