Le Nord, c’est l’Est de Cédric Gras

Cédric Gras le dit et ne se l’explique pas, il est attiré par les territoires hostiles qui s’ingénient à repousser les rares voyageurs plutôt qu’à les séduire. C’est un fait, et son regard de géographe singulier n’a pas d’équivalent. Plus intrigante encore cette découverte que le Nord russe se trouve en réalité à l’Est et qu’il faudrait faire pivoter la carte du pays pour tenter de le comprendre. De la Carélie au fleuve Amour, de la Crimée à la mer du Japon, des immenses steppes de Mongolie à Magadan, l’auteur a parcouru des milliers de kilomètres pour aller à la rencontre des archipels humains perdus que le pouvoir exploite à coups de décrets depuis l’époque soviétique. 
Les « territoires du Nord et assimilés » correspondent souvent à ce que fut l’Archipel du Goulag : des zones perdues de steppe, de taïga et de montagnes, improbables contrées, plus que rudes, où l’alcool tient lieu de mode de vie et où se côtoient les mille groupes ethniques composant la Fédération de Russie. Fleuves inconnus, villes condamnées qui deviendront la cible des Mig à l’entraînement, champs de neige et de gel…
L’Occidental curieux croit parfois connaître la Russie : il ne pourra qu’être sidéré à la lecture de ces lignes.


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15/20

Résumé : L’auteur nous emmène avec lui dans son périple à la conquête du Nord (ressenti) de la Russie, et décrit ses paysages incroyables dans un récit qui est de l’ordre du journal de voyage. Il nous emmène dans le Transsibérien, mais aussi chez les peuples Russes dispersés dans les régions les plus froides, le tout au travers de ses multiples rencontres.

Mon avis : J’ai beaucoup aimé ma lecture, c’est un ouvrage très intéressant qui permet d’appréhender la Russie et ses territoires sous un autre angle et de mieux les connaître. On y découvre différents modes de vie, différentes traditions, et surtout une vision de la Russie bien différente de la vision européenne / occidentale : pour les Russes, le Nord de la Russie ne correspond pas au Nord cardinal mais bien aux régions de l’Est, c’est-à-dire les plus froides. J’ai été très touchée par l’amour que l’auteur porte aux régions nordiques, ce même amour que j’ai et qui me fait sans cesse hésiter entre mon attachement au Sud et mon attirance pour les pays du Nord, et plus précisément du Nord-Est. J’ai beaucoup aimé suivre l’auteur dans ses péripéties, et j’ai fermé son livre en ayant l’impression d’avoir un peu voyagé avec lui. 

Ne vous attendez cependant pas à trouver des descriptions incroyables ou des récits poétiques en lisant cet ouvrage, il est plus informatif et descriptif que littérairement intéressant, mais c’est ce qui fait tout l’intérêt que j’ai eu pour ce livre. Si vous aimeriez approfondir vos connaissances et vos perceptions de la Russie et de la culture russe, je vous conseille donc fortement cet ouvrage, d’autant plus que l’auteur fait régulièrement référence à des œuvres russes (littérature, chansons populaires, poésie), et vous conduira donc à vous intéresser à de nombreux autres ouvrages (c’est le début d’un loooong voyage, yass).

Extrait :

« À Krasnoïarsk, il pleut sagement et le ciel est gris sur le vaste Ienisseï. Touva est loin au sud. Je visite le musée des Beaux-Arts consacré au peintre Sourikov, connu pour son tableau La Conquête de la Sibérie par Ermak. La toile représente une bande de Cosaques aux prises avec une tribu autochtone. La peinture parle mieux que tous les arts. Elle offre à l’œil ce que les écrivains ne formulent qu’avec peine. Qui ne reste pas ébouli et songeur devant des scènes comme La Princesse Morozova ou La Prise de la forteresse de neige ? Bien qu’au musée de Krasnoïarsk, je ne trouve guère que quelques esquisses. Les chefs-d’œuvres sont à la galerie Tretiakovskaïa de Moscou ou au Musée russe de Saint-Pétersbourg. Mais Sourikov est né ici, dans une maison en bois aux volets ornés, non loin de la place Lénine. Avec quelques autres, elle tient encore bon face aux nouveaux immeubles qui poussent en désordre. […]

Alors j’ai repris mes recherches sur le Nord. Il me semblait bien que je trouverai dans cette drôle de vision des choses, l’explication de ma passion pour les beautés difficiles, une loi qui gouvernerait inconsciemment à mes errances. Pourquoi en étais-je là, à Krasnoïarsk, sous la fraîche bruine du mois d’août, alors qu’au même moment l’humanité dénudée recouvrait les plages de Trinité-et-Tobago, que des gens buvaient du Chianti en Toscane et que d’autres regardaient sans fin basculer le fascinant déluge tropical des chutes d’Igazu ? Sans doute, parce qu’au plus profond de moi, j’aime le Nord dans tous ses états. » 

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Conquête de la Sibérie par Ermak – Vassili Sourikov, 1895, Musée Russe
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La princesse Morozova – Vassili Sourikov, Galerie Tretiakov de Moscou
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La prise de la forteresse de neige – Vassili Sourikov, 1891

PS. Si la peinture russe t’intéresse, tu peux aller voir mon article London X Russia sur une exposition de grands portraits russes venant de Moscou !

See u, Emi

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One Reply to “Le Nord, c’est l’Est de Cédric Gras”

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