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Un ouvrier c’est là pour fermer sa gueule ! de Philippe Poutou

Je suis l’inconnu de la prochaine élection présidentielle, le candidat invisible. Je m’appelle Philippe Poutou. Je suis ouvrier mécanicien dans une usine automobile. Je suis différent de tous ces politiciens professionnels tellement éloignés de notre vie… Pourquoi ceux d’en bas n’auraient-ils pas aussi le droit de prendre la parole ?


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20/20 (en toute objectivité bien entendu)

Résumé : en 2012, alors que Philippe Poutou se présente pour la première fois à la tête du NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste), il se retrouve ridiculisé, peu écouté, regardé de haut, et décide alors d’écrire cet essai qui témoigne d’un « ras-le-bol » facilement compréhensible. Il y décrit ses actions politiques au sein de syndicats, la manière dont il a empêché la fermeture de l’entreprise dans laquelle il travaille, mais aussi ce qu’il représente, la parole du « peuple », de ceux qu’on n’écoute au final que très peu quand il s’agit de politique. 

Mon avis : j’ai lu cet ouvrage parce qu’il est très actuel, Poutou se présentant aussi cette année, toujours en tant que représentant du NPA. (J’ai d’ailleurs couru l’acheter dès que j’ai appris qu’il avait écrit un livre). Par contre, je vous préviens, ce n’est pas un ouvrage présentant son programme mais bien une succession d’essais (une douzaine) concernant son expérience en tant qu’ouvrier arrivé sur la scène politique. 

Je l’ai trouvé passionnant et surtout très synthétique, l’auteur s’attarde sur des sujets fondamentaux en restant simple et précis, et sans cacher sa rancœur. Il en ressort un espoir qui m’a beaucoup plu, car Poutou nous montre que l’on a la possibilité de changer les choses si on le veut vraiment, et ce même en étant tout en bas de l’échelle sociale. Cet ouvrage est l’expression d’une rancœur qui prend une dimension contestataire, et qui veut montrer l’importance de la parole donnée et écoutée : en tant que majorité de la population, hors de l’élite, on se doit de lever la voix, et de se faire écouter

Ce qui m’a aussi beaucoup plue, c’est la manière dont l’auteur montre la nécessité du collectif, de la réunion d’individualités en vue d’une revendication commune. Plus que ça, Poutou parle de la dimension universelle de son action, et de celle de tous les « prolétaires » : ce n’est pas le communisme nationaliste de Mélenchon (p.s. je n’émets ici aucun jugement), c’est le communisme tel qu’il avait été pensé par Marx et Engels et par les premières communautés communistes, c’est l’union de tous les opprimés, au-delà des frontières d’une nation. 

Il évoque aussi un constat, quelque chose que nous avions déjà tous/tes remarqué mais qu’il est nécessaire de rappeler, le fait que nous soyons dans une oligarchie plus que dans une véritable démocratie : les hommes politiques, ceux qui sont censés nous représenter, ne viennent pas de la majorité numérique que représente la « population », ils sont une élite et prennent la parole sur des sujets qui ne les concernent pas toujours, et qui ne les concerneront sûrement jamais. Comment peut-on espérer qu’un homme politique qui fait partie d’une classe sociale plus qu’aisée se soucie de la pauvreté, des classes moyennes, et accepte de mettre en péril sa richesse au profit d’une société plus égalitaire

Pour finir, j’aimerai vous dire une chose (et déborder sur le terrain du politique par la même occasion) : si vous ne voulez pas donner votre vote aux candidats habituels, si vous croyez ne pas avoir de poids, si vous voulez donner votre voix à quelqu’un qui vous entend, n’hésitez pas à considérer donner votre vote aux petits candidats qui peinent à se démarquer et se faire prendre au sérieux. Et je ne parle pas ici simplement de Philippe Poutou, car si je compte voter pour lui, c’est d’abord pour des raisons idéologiques, parce que ses valeurs sont celles qui me correspondent et qu’il représente ce dans quoi je veux placer mes espoirs. Je parle simplement du fait qu’il y a onze candidats à la présidentielle, et non pas cinq, et ces six autres candidats, qu’importe leurs opinions, ont du mal à se faire entendre. 

En ce qui me concerne, je veux permettre à Poutou d’amplifier sa voix et de faire parler le peuple, et non pas l’élite intellectuelle, ou surtout monétaire, de la France. Je suis pour une union universelle des opprimés et pas pour un recentrage nationaliste égocentrique (voire égoïste). Je ne cherche pas ici à vous faire changer d’avis ou à faire de la propagande, je veux que vous vous rendiez compte simplement que votre choix ne se limite pas aux cinq candidats principaux. Je vous propose, si vous en avez l’envie et le temps, de considérer ces petits partis et de vous intéresser à leurs programmes : si vous ne vous sentez pas représentés, peut-être que ceux-ci pourront tendre à changer ce sentiment, voire vous conforteront dans vos idées politiques floues qui deviendront alors des convictions. (Bien sûr, si votre avis est déjà arrêté sur quelqu’un, si vous êtes abstentionniste, etc., surtout croyez en vos idées). J’ai un seul mot pour vous : croyez en vous, croyez en votre poids et en la force de votre vote, et n’oubliez pas que vous pouvez améliorer le monde et le changer en quelque chose de meilleur !

C’est tout pour le petit speech, j’espère que cette chronique (qui a largement débordé) vous a quand même plu et qu’elle vous aura donné envie de découvrir cet essai, ou même de vous intéresser un peu à la politique !

Extrait : « Ce petit livre est l’occasion de mettre en cause cette prétendue démocratie qui favorise la mise à l’écart de notre camp social, de ceux qui n’ont que leur travail pour vivre, de ceux qui galèrent au chômage ou dans la précarité, des jeunes condamnés aux stages et aux petits boulots, de ceux qui vivent chichement de leur retraite, des femmes qui trinquent encore plus que les hommes, ou de ceux qui du fait de leur origine étrangère sont doublement discriminés, en clair du camp des opprimés. Pour entendre ce cri et défendre la posssiblité qu’il s’exprime dans une campagne présidentielle, il ne faut pas être nécessairement en accord, total ou partiel, avec les idées du NPA, mais simplement prendre au sérieux l’idéal démocratique et l’exigence de pluralisme. Comme le disent les Indignés américains, la parole des 99% que nous sommes face aux 1% qui monopolisent les richesses et les pouvoirs doit s’exprimer publiquement ! »

— Emi

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3 réflexions au sujet de « Un ouvrier c’est là pour fermer sa gueule ! de Philippe Poutou »

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