Le bruit du temps d’Ossip Mandelstam

Ce livre est bien plus qu’une autobiographie. Mandelstam y observe avec une acuité sans indulgence ce passé qu’il veut éloigner. Car sa mémoire n’est pas amie, mais ennemie du temps. Les quatorze esquisses qui composent cet ensemble « impressionniste » de souvenirs arrachés à la nuit de l’oubli sont parmi les plus belles pages en prose du grand poète russe. Fragments d’un monde englouti dans le tourbillon révolutionnaire, elles restituent, mieux que ne le feraient les compilations des érudits ou les analyses des historiens, le ton subtil d’une fin de règne qui prend, avec le recul des événements et les enseignements de l’expérience, des allures de Belle Epoque. On saisit mieux, à l’écoute de ce « bruit » d’un temps révolu, la secrète et inimitable substance dont était faite la Russie du début du siècle dernier, apparemment engourdie et mystérieusement palpitante. 


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Résumé : Mandelstam, célèbre poète russe, nous livre ici quatorze textes en prose qui relatent des souvenirs de sa vie. Mais plus que des souvenirs, ils sont des témoignages d’une Russie qui n’existe plus. Confronté à une sorte de « mal du siècle », Mandelstam retourne, bien que ça le déplaise, dans le passé, et nous donne à voir la scène littéraire et historique d’une Russie autre et bouillonnante. 

Mon avis : j’ai a-do-ré ce livre, adoré la plume de Mandelstam et adoré toutes les références qu’il fait à des auteurs, compositeurs, ou encore hommes de lettres russes. On se sent vraiment immergé dans la scène littéraire de la Russie à une époque donnée. Ses récits sont très ancrés dans le temps et l’espace, avec des noms de rues, de lieux, des dates, des noms de personnes appartenant à l’histoire du pays. Ça m’a conduit à m’intéresser, encore plus qu’auparavant, à l’histoire de la Russie et à ses créations artistiques et littéraires. 

La dernière pièce, notamment, est très poétique, et il y évoque son rapport à la mémoire et à ce retour dans le passé qu’il a opéré dans l’ouvrage. On peut le considérer, je pense, comme une sorte d’ « art poétique » du recueil. 

La politique et l’histoire politique de la Russie y ont aussi une place importante, toutes les branches révolutionnaires sont évoquées et l’on semble parvenir à saisir le « goût » de cette époque, sa sensation, un certain « air » de la révolution. 

Les mots et les phrases de Mandelstam sont plus fort.e.s et plus évocateur.ice.s qu’iels en ont l’air, on sent sa « patte » qui se dessine tout le long du recueil et les mots nous prennent réellement, ils se donnent à nous et ils se donnent du sens. 

C’est donc un plaisir que d’avoir lu cet ouvrage, et je m’intéresserais définitivement à ce qu’il a pu écrire d’autre, d’antérieur comme de postérieur. 

— Emi

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