Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley

– Lu dans le cadre du Challenge Cold Winter

Voici près d’un siècle, dans d’étourdissantes visions, Aldous Huxley imagine une civilisation future jusque dans ses rouages les plus surprenants : un État Mondial, parfaitement hiérarchisé, a cantonné les derniers humains « sauvages » dans des réserves. La culture in vitro des fœtus a engendré le règne des « Alphas », génétiquement déterminés à être l’élite dirigeante. Les castes inférieures, elles, sont conditionnées pour se satisfaire pleinement de leur sort. Dans cette société où le bonheur est loi, famille, monogamie, sentiments sont bannis. Le meilleur des mondes est possible. Aujourd’hui, il nous paraît même familier… 


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Résumé : Dans une société dont tous les détails et possibles échecs sont réglés à l’avance, la prise de conscience et la révolte semblent impossibles et inimaginables. Au paroxysme de la collectivité, chacun appartient aux autres et il n’y a pas de place pour le « moi », pour l’individu, et encore moins la solitude. Conditionné avant même sa naissance, comme tous les autres avant lui et ceux qui viendront après, Bernard Marx, un Alpha, semble pourtant familier à sa conscience propre. De son rejet du « meilleur des mondes », va s’ensuivre une confrontation de la société parfaite, à une culture de l’individualité et de la liberté. 

Mon avis : Je suis assez mitigée quant à mon appréciation de ce livre. D’un côté, j’admire la manière dont l’auteur a imaginé et décrit chaque détail de cette société, jusqu’aux mesures spécifiques de l’usine d’Incubation et de Conditionnement des embryons. Les références nombreuses aux pièces de Shakespeare sont aussi pertinentes et permettent d’appuyer les propos des « dissidents ». Ceci dit, le récit laisse un goût amer dû aux descriptions de toutes les choses dérangeantes que cette civilisation crée : l’inexistence de toute conscience personnelle, de toute liberté individuelle ; ces individus « collectivisés » dont le seul but réside dans le bonheur et la stabilité de la communauté ; une société qui finalement ne semble aller nulle part car refuse tout changement et toute évolution.

Je pense que la force de ce livre est contenue, entre autre, dans l’hésitation du lecteur face à une civilisation qui peut paraître dystopique comme utopique : au final, on ne peut dire si elle est fondamentalement bonne ou mauvaise, et toute critique concernant la mort de la liberté individuelle résulterait elle aussi d’un conditionnement (beaucoup moins fort, bien entendu) à des valeurs par exemple républicaines, familiales, etc. C’est somme toute un récit qui peut sembler pessimiste mais aussi optimiste : les arts, et notamment ici la littérature de Shakespeare, sont vus comme des « diseurs de vérité » qui, dans une société comme celle décrite par Huxley, deviennent de véritables armes. 

/!\ Spoil /!\ : Concernant la fin, j’ai trouvé que le dernier chapitre décrivait à la perfection ce sentiment de rejet d’une civilisation que John refuse mais qui la poursuit malgré tout. On se sent pris au piège, la narration s’accélère et tout se termine en apothéose, suivie de la seule issue possible : la mort, qui apporte une véritable clôture à l’ouvrage. 

— Emi

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