Le Diable au Corps de Raymond Radiguet

Nulle provocation chez Radiguet, du moins en apparence ; la forme faisait passer le fond. C’était le bon usage des mauvaises passions. Et où était l’indécence, l’immoralité, sinon dans la guerre même, qui offensait à la race, à la nature, en empêchant de s’unir des êtres jeunes ? (…) La vraie rouerie de Radiguet est là où le public n’a pas été la chercher, dans le style; cette fausse maladresse, cet art si voulu, ces sentiments osés sur du papier d’écolier quadrillé, rappellent son mot posthume et ravissant : « Tous les grands poètes ont écrit à dix-sept ans ; les plus grands sont ceux qui parviennent à le faire oublier. » — Paul Morand


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Résumé : à 17 ans, il rencontre Marthe, une jeune femme de 19 ans, promise à un homme parti pour la guerre. Avec elle, il découvrira les premiers élans du cœur, mais aussi ceux du corps ; et il se livrera ainsi à une analyse enfantine (mais pertinente) du sentiment amoureux et des relations de couple, dans leur intimité comme dans leur intégration sociale. Faisant face à une époque qui se montre hostile à leur relation, ils devront néanmoins se cacher et jouer parfois le jeu de la conformité. 

Mon avis : Radiguet parvient à mettre des mots simples sur des sensations dont on peut avoir l’intuition mais que l’on ne perçoit pas toujours de façon très claire. Le narrateur fait preuve de recul sur ses propres émotions, et permet ainsi un certain recul sur les sentiments et désirs humains. Si on s’attache facilement aux deux personnages principaux, ils pourront aussi apparaître agaçants, notamment Marthe qui, en amoureuse dévouée, fera parfois (souvent) preuve de naïveté. Ce roman, certes court, m’a beaucoup plu, et il en ressort une sensation de complétude (si ça se dit). La façon de penser du personnage est intelligente, il fait preuve, à la fois de sensibilité mais aussi d’objectivité, et il semble avoir pleinement conscience de ses différents travers. Quant au style de l’auteur, son écriture est belle (pas très précis, je sais), les termes sont bien choisis et même si le récit est narré par un adolescent, on y décèle une certaine aisance avec les mots. La lecture en elle-même reste donc agréable, on y voit réellement les déploiements du sentiment amoureux, parfois de la souffrance et de la joie qu’il cause, mais aussi et surtout de l’état paisible dans lequel il nous plonge, que le narrateur qualifie très justement de « paresse heureuse ». (Lisez-le).

Extrait (Chapitre 7) : « Après la grossièreté de mes premiers désirs, c’était la douceur d’un sentiment plus profond qui me trompait. Je ne me sentais plus capable de rien entreprendre de ce que je m’étais promis. Je commençais à respecter Marthe, parce que je commençais à l’aimer. (…) Mais Marthe, qui goûtait le même charme, croyait le goûter seule. Dans ma paresse heureuse, elle lut de l’indifférence. Pensant que je ne l’aimais pas, elle s’imagina que je me lasserais vite de ce salon silencieux, si elle ne faisait rien pour m’attacher à elle. Nous nous taisions. J’y voyais une preuve du bonheur. (…) Je commençai à me désespérer sérieusement de ce que seul l’amour nous donnât des droits sur une femme. Je me passerai bien de l’amour, pensai-je, mais jamais de n’avoir aucun droit sur Marthe. Et, pour en avoir, j’étais même décidé à l’amour, tout en croyant le déplorer. Je désirais Marthe et ne le comprenais pas. »

— Emi
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